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Des nichoirs pour la faune saproxylophage

Suite à son engagement sur des mesures compensatoires d’un projet autoroutier pour lequel il est le concessionnaire, Vinci Autoroutes a poursuivi volontairement son engagement en faveur de la conservation de la population du Pique-prune. Les mesures de conservation ont été confiées à l’Office de génie écologique (O.G.E), qui a réalisé et installé des cavités artificielles pour la faune saproxylique en 2018 et dont les premiers résultats en 2020 témoignent d’un début de colonisation par les espèces pionnières de ce groupe.

Parmi les espèces emblématiques qui participent à la décomposition naturelle du bois, le Pique-prune Osmoderma eremita a fait l’objet de nombreuses études et de projets de conservation en Europe.

Cette espèce fait partie d’un cortège qui vit dans les cavités des arbres. Les populations de ces espèces se sont fortement raréfiées avec la régression de leurs habitats devenus exceptionnels en forêt et qui se sont effondrés dans les agrosystèmes. Pourtant, ces derniers avaient relayé ces habitats autour des boisements : les bocages et les vergers de haute tige. Les tailles et les greffes avaient développé la formation des cavités.

Le projet de nichoirs pour la faune saproxylique a été mené dans un verger de châtaigniers greffés de la Sarthe. Cette châtaigneraie a été acquise par Vinci Autoroutes (réseau Cofiroute) et rétrocédé au Conseil départemental qui en assure la gestion depuis les premières interventions réalisées en 2009. Cette opération s’inscrivait dans les mesures compensatoires du projet autoroutiers A28 au cours d’une suite d’expertises que nous avons menées durant 16 ans (1997 – 2013).

Les réels efforts de gestion mis en œuvre par le Conseil départemental ne peuvent pas éviter l’évolution défavorable des vieux châtaigniers qui ont au moins 200 ans et en conséquence la perte inéluctable de leurs cavités. Les interventions comprenant l’élimination progressive du taillis ont permis de retrouver le caractère thermophile des cavités et le milieu est à nouveau plus favorable aux déplacements en vol des Piques-prune adultes. Le programme du Conseil départemental comprend le renouvellement des cavités par la taille des jeunes arbres et par la greffe de nouveaux sujets. Malgré ces efforts, nous pouvons anticiper une rupture de la disponibilité des cavités pour ces espèces entre la perte naturelle des dernières cavités portées par les vieux châtaigniers et la maturation des nouvelles cavités issues de la gestion de ces dernières années. Le manque de cavités pourrait s’étendre sur une ou plusieurs décennies.

Un suédois, expert sur les coléoptères saproxyliques, Nicklas Jansson, a mis au point des cavités artificielles pour ces espèces. En 10 ans, il a obtenu une colonisation d’environ 75% de la faune des coléoptères saproxyliques dont le Pique-prune dans les boîtes qu’il avait réalisé et mises en place.

Prolongeant l’expérience de Niklas Janson, 10 cavités artificielles ont été réalisées et installées en novembre 2018. Vinci Autoroutes a souhaité investir dans ce projet conservatoire dans la poursuite des actions engagées sur le pique-prune et les espèces associées depuis maintenant 23 ans.

Le principe des nichoirs est de disposer, dans une solide boite en bois de chêne, un gradient de terreau de bois évoluant à partir de copeaux de diverses essences placés au-dessus d’un mélange de matière organique. Un fond étanche et des trous percés dans le toit de la boite introduit un gradient d’humidité vertical et horizontal ; autant de conditions qui favorisent la colonisation du nichoir par une diversité d’espèces.

Une première expertise de l’évolution de ces habitats artificiels et de leur colonisation a été réalisée en juillet 2020.

Le terreau a évolué conformément aux attentes avec une première étape de transformation de la matière organique. Des gradients de terreau plus ou moins organiques et plus ou moins humides sont en place. Un premier stade de colonisation a été observé avec les premières larves de taupins et de cétoines dorées. Des oiseaux ont utilisé une partie des cavités qui ont également été visité par leurs prédateurs, notamment la martre.

A ce stade, l’évolution du terreau et les premières colonisations des cavités par les coléoptères saproxyliques sont déjà encourageant pour la poursuite de cette expérience. Des publications seront réalisées pour présenter les suites de ce retour d’expérience.

Vincent Vignon
Directeur R&D-i, O.G.E.