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Mener un projet de génie écologique

Aujourd’hui plus que jamais, pendant les événements que l’Humanité traverse, une véritable prise de conscience élargie de l’absolue nécessité des actions visant à la préservation des milieux naturels et favorisant la résilience des écosystèmes s’impose à tous.

Engagés de longue date dans ces combats, les acteurs du génie écologique œuvrent avec passion, professionnalisme et bienveillance afin de porter plus en avant ces engagements et de permettre la mise en œuvre de solutions axées vers un monde plus respectueux de la nature. Toutefois, le contexte dans lequel nous évoluons, inscrit dans une dynamique quasi-exclusivement orientée vers une logique de profit, génère ses propres freins.

Pour lever ceux-ci, une réflexion organisationnelle doit s’engager afin de favoriser l’émergence de projets de génie écologique inscrits dans une dynamique globale et partagée, capitalisant sur les compétences et expertises de chacun.

En préalable, il est important d’exposer quelques généralités, unanimement acquises :

  1. A l’évidence, il apparaitrait déraisonnable voire dangereux, de croire qu’une seule action ou qu’un seul acteur, puisse porter une solution globale visant à résoudre tous les impacts subis par toute la biodiversité dans tous les milieux.
  2. Malgré les grandes avancées scientifiques, alimentées entre autres et de longue date par les acteurs du génie écologique, nous savons que les compréhensions humaines des mécanismes écosystémiques et de leur fonctionnement même restent encore limitées et circonscrites.
  3. La réussite d’un projet de génie écologique quel qu’il soit (restauration, entretien, aménagement, compensation etc…) et quel que soit son ampleur, est conditionnée à une réflexion globale préalable, sur le projet en lui-même bien sûr, mais aussi sur toutes ses déclinaisons : son « pourquoi », ses acteurs, ses étapes, ses risques, son intégration dans l’environnement élargi et surtout, sa finalité. Par la suite chaque étape de celui-ci, décliné par chacun des experts sur son/ses domaine(s) respectif(s), relève d’une importance fondamentale : enjeux, financements, état initial, étude d’impact, acceptabilité, définition des règlementations applicables, mise en œuvre, adaptations, suivi du projet…. 
  4. Enfin il est également entendu que si la déclinaison totale d’un projet de génie écologique ne devait constituer qu’une simple accumulation d’études et de techniques inscrites dans une approche ou les unes ne résulteraient que des autres sans corrélation amont aucune et ce, afin de simplement répondre à un cadre réglementaire, l’ubuesque continuerait à y gagner ce que la Nature continue à y perdre…

Forts de ces constats, trois questions centrales, émises par le comité stratégique travaux de génie écologique et interrogeant le fonctionnement du génie écologique dans son ensemble, émergent :

  1. Qui, individuellement, peut revendiquer la connaissance absolue et précise de toutes les composantes d’un projet de génie écologique et donc garantir sa pertinence future pour la résilience du milieu objet ?
  2. Quelle logique intrinsèque y aurait-il à revendiquer une expertise globale sur les écosystèmes et à appliquer pour favoriser leur résilience, à l’inverse de leurs fonctionnements donc, des mécaniques basées sur des raisonnements exclusivement économiques et/ou concurrentiels ?
  3. Au final, au regard des enjeux et de l’immense spectre des spécialités nécessaires à la réalisation d’un projet de génie écologique, une approche qui hiérarchiserait d’autorité la prépondérance d’une spécialité sur une autre, ou qui retiendrait un schéma organisationnel exclusivement descendant ne constaterait-elle pas d’avance l’échec dudit projet ?

Nous croyons que ces trois questions, presque simplistes en apparence, élargissent le spectre de nos réflexions et interrogent nos approches concernant, dans un premier temps, les relations entre les différents acteurs du génie écologique mais surtout, la philosophie de ce que devrait idéalement être un projet de génie écologique :

Tant il est engageant vis-à-vis des enjeux sur la vie, complexe et à larges responsabilités/connaissances, il apparait évident qu’un projet de génie écologique nécessite une dynamique de concertation large incluant dès l’amont toutes les parties prenantes afin de capitaliser sur les savoirs faire respectifs, de les fédérer et de décliner, de fait, le plus pertinent des projets au service du biotope cible.

À ce jour, dans les faits, rares sont malheureusement les projets ainsi déclinés… Souvent, ils s’inscrivent plutôt dans l’inverse, avec une succession de consultations plus ou moins tardives et très descendantes, avec une déperdition des informations liées aux multiples acteurs ne se connaissant parfois même pas, avec des mésententes liées aux incompréhensions (parfois légitimes) des  finalités et des techniques sélectionnées, générant elles-mêmes des affirmations individuelles écologiquement généralistes et souvent inadaptées au projet.

La faute aux marchés du « monde d’avant », souvent construits sur la base d’exacerbation des concurrences ?  La faute aux acteurs, fantasmant sur les risques de captation de leurs savoir-faire ? La faute aux égos de chacun, soumis à la tentation de hiérarchisation et de prédominance d’une discipline (souvent la sienne) sur une autre ?  

Peu importe ! Réinventons-nous ! La notion même de concurrence et d’égos en intra-projet relèveraient, dans notre cadre, au mieux de l’incompréhension des enjeux, au pire de l’hérésie envers nos valeurs.

Notre famille élargie porte cette singularité : notre engagement envers la résilience des écosystèmes n’offre pas d’autre choix que de considérer préalablement comme ressource absolue la complémentarité des expertises et des savoirs faire. Et c’est tant mieux !

En effet, face à la complexité et aux enjeux vis-à-vis de la biodiversité dont nous avons collectivement pris l’engagement de la sauvegarde, seules les intelligences collectives, les partages, les conciliations apparaissent pertinents. Les consultations communes amont, sincères et équilibrées, inscrites dans un cadre bienveillant, constructif et ouvert, décorrélé de toute velléité de prépondérance de l’un sur l’autre et axées exclusivement sur la volonté de monter le projet le plus abouti doivent donc devenir la norme. Il en va de la pertinence des actions menées et de la satisfaction de notre client commun final : la nature.

Nous appelons de nos vœux la généralisation d’une dynamique vertueuse plus partagée et plus anticipée dans chaque projet de génie écologique : maîtres d’ouvrages, intégrez cette dynamique dans vos futurs projets de génie écologique, très en amont de ceux-ci et faites confiance aux acteurs du génie écologique pour travailler de concert avec vous et se fédérer, chacun avec ses expertises, autour de votre projet en faveur de la nature, afin d’en faire une réussite pour celle-ci.

À l’image de la nature qui compte sur nous et nous fait confiance pour la préserver, soyons capables de nous appliquer, entre nous cette fois, cette confiance bienveillante.

À l’image de l’UPGE qui rassemble la représentation de tous les acteurs (maître d’ouvrage, d’œuvre, services de l’état, bureaux d’études, entreprises travaux, partenaires) fédérés autour de l’objectif central de structuration d’une filière de préservation du Bien commun, partageons sans arrière-pensée afin de faire de chaque projet, une réussite partagée. Ça fonctionne !

Le comité stratégique Travaux de génie écologique