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Réhabilitation écologique de l’ancienne décharge de Bordes

L’ancienne décharge de Bordes (64), en activité depuis les années 50 jusqu’à sa fermeture en 1998, a été réhabilitée en 2020 grâce aux techniques du génie écologique. Le site est désormais rendu à la nature sous forme d’une prairie destinée à se reboiser au fil du temps.

La décharge à ciel ouvert de Bordes a été opérationnelle pendant près de cinquante ans. Durant ce laps de temps, le gave de Pau, initialement localisé à plusieurs mètres du site, a modifié son cours pour petit à petit venir éroder la décharge au rythme de ses crues. Les abords du Gave entre Bordes et Pau, à une vingtaine de kilomètres en aval, se sont ainsi régulièrement retrouvés jonchés de débris en tous genres (notamment des plastiques). Devant cette urgence environnementale, la ville de Bordes et la communauté de communes du pays de Nay, épaulées par le CD64, ont bénéficié d’un fond FEDER pour réhabiliter le site.

La technique du landfill-mining – un tri des déchets in situ après excavation des sols du site – a permis de renvoyer les macrodéchets triés en filière de revalorisation. Ce tri a été opéré par PRESTALOC64. Les fractions grossières de sol (20-400 mm), non contaminées, ont ensuite été conservées sur place sous forme d’une sous-couche drainante. Les fractions fines (0-20 mm) ont pu également être conservées sur site, malgré des dépassements constatés en éléments traces sur fractions brutes sous réserve d’un diagnostic environnemental.

Ce diagnostic a été élaboré de façon à vérifier l’innocuité de ces terres et leur capacité à héberger un cortège végétal typique des paysages environnants. Il a été réalisé par SUEZ le LyRE sous la forme d’une étude inspirée de l’approche TRIADE (iso 19204 :2017) qui a permis de documenter trois éléments de preuve :

  • la chimie des sols (concentrations totales et solubles en contaminants organiques et inorganiques),
  • leur écotoxicologie associée (test de toxicité vers de terre, test de germination de Phaseolus Vulgaris, ionome foliaire, test daphnie sur lixiviats),
  • ainsi que leur potentiel écologique (analyse de l’ADN environnemental, activité enzymatique du sol).

Ce diagnostic plus exhaustif qu’un seul diagnostic chimique a permis de conclure sur une contamination ancienne de ces sols, non labile, et sans réelle toxicité pour les organismes vivants.

Les analyses portant sur le volet écologique ont permis de mesurer l’érosion de la biodiversité occasionnée in situ par la décharge pendant plusieurs décennies ainsi que la trajectoire à parcourir pour que le site se réintègre progressivement dans le paysage environnant.

Pour maximiser les chances de retrouver une trajectoire propice à la réintégration du site dans cet environnement, un transfert de foin provenant de prairies locales associé à un semis par hydromulching de semences locales récoltées à la brosseuse (associées à un engrais vert) ont été réalisés par les sociétés Eco-altitude et Pépinière-Environnement. Ces actions ont permis de retrouver en moins d’un an un début de couvert prairial.

Afin d’y limiter l’implantation d’espèces invasives, présentes dans la banque de graines de la décharge (Renouée, buddleia, vergerette notamment), un guide de bonnes pratiques de gestion a été proposée par SUEZ LE LyRE à destination de la collectivité (en concertation avec BIOTOPE). Enfin, à l’hiver 2020, une centaine d’arbres représentatifs du cortège local (Frênes, saules, aulnes, noisetiers, etc.) a été planté sur l’ensemble du site.

Cette opération a pour vocation de recréer dans un premier temps un espace prairial planté de jeunes arbres, pour ensuite tendre vers un couvert de plus en plus boisé, destiné à se fondre dans la ripisylve environnante. Le couvert végétal ainsi mis en place participera à la fois à la protection des berges face aux crues, mais également à la phytostablisation du pool résiduel de contaminants.

Lilian Marchand
SUEZ Le LyRE