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Zéro Artificialisation Nette : une nouvelle frontière qui s’ouvre pour la filière du génie écologique ?

Sol Paysage est intervenu lors de la journée Réseau National des Aménageurs du 25 septembre 2020 à Paris sur la partie « connaissance » et notamment sur l’importance de la trame brune dans la planification territoriale et les fonctionnalités écologiques des sols. Cette journée s’inscrivait dans un cycle de trois rencontres sur le thème global « Comment limiter l’artificialisation des sols, en soutenant les besoins de développement français sur l’ensemble de son maillage territorial ? ».

Cette journée vient s’ajouter au travail de France stratégie qui, dans son rapport du 24 juillet 2019 mettait en évidence la relation avérée, à l’échelle nationale, entre l’érosion de la biodiversité et l’artificialisation des sols. Juste après, l’arrêté interministériel du 29 juillet 2019 précise à l’intention des préfets : « Vous encouragerez les projets ou les démarches visant la réhabilitation, la renaturation ou la désartificialisation de zones anthropisées. Votre analyse des projets devra intégrer l’approche « éviter, réduire, compenser », une orientation du gouvernement également en faveur du Zéro artificialisation nette. Sur le front de l’éveil des consciences citoyenne aux enjeux de la biodiversité, une nouvelle frontière s’ouvre.

Proposition de mesures stratégiques pour la filière du génie écologique lors de la journée RNA.

L’artificialisation des sols est liée à l’étalement urbain. Principalement sur des emprises agricoles, on construit beaucoup pour répondre aux besoins de nos concitoyens et de notre économie : nouvelles infrastructures, nouveaux quartiers d’habitat, nouvelles zones d’activités économiques et logistiques, lotissements. Beaucoup, voire énormément : « entre 20 000 et 30 000 ha du territoire national sont consommés chaque année. L’artificialisation augmente presque 4 fois plus vite que la population (+70% depuis 1981 contre +19% sur la même période pour la population) » nous a rappelé M. Jean-Baptiste Butlen, Sous-directeur de l’aménagement durable, DHUP Ministère de la Transition écologique lors de la journée Réseau National des Aménageurs. Ce dernier a présenté les 10 mesures qui seront proposées à Mme La Ministre Barbara Pompili. Certaines d’entre elles sont stratégiques pour les membres de l’UPGE. Par exemple :

Mesure 1 : Arrêter une définition partagée de l’artificialisation, en référence à l’atteinte à la fonctionnalité des sols, et de telle sorte que les espaces non imperméabilisés et de « nature en ville » soient considérés comme « non artificialisés ».

Mesure 3 : Lancer un grand concours pour sélectionner des démonstrateurs répondant aux grands enjeux de transformation pour la ville de demain, le cas échéant dans le cadre du PIA4, ainsi qu’une stratégie de communication positive à destination des nouveaux exécutifs locaux et du grand public.

Mesure 5 : Compenser l’artificialisation pour les projets soumis à évaluation environnementale, dans le cadre d’une séquence « éviter, réduire et compenser », en veillant à l’articulation avec les compensations forestières et agricoles.

Mesure 8 : Mettre à disposition des collectivités et porteurs de projets un outil d’aide à l’inventaire des friches (Cartofriches) et au recyclage des friches (UrbanVitaliz) pour favoriser leur recyclage, élaboré par le CEREMA.

Ces mesures ne sont pas à ce jour décidées. Mais elles orientent véritablement les politiques publiques à venir auxquelles nous devons nous préparer collectivement au sein de l’UPGE.

Il est aujourd’hui possible d’établir un lien transversal entre le « foncier » (économie et conflit d’usage) et « l’écologie » (conservation, fonctions, et services). Les élus et leur service, orienté voire contraint par l’Etat vont être en mesure de produire une approche sobre de la ressource sol. Une nouvelle ère pourrait voir le jour.

L’auditoire du RNA ce 25 septembre a été particulièrement sensible à deux propositions de Sol Paysage.

La première, qui est d’établir dans les documents de planification et de réglementation urbaine une nouvelle trame écologique complémentaires aux trames vertes et bleues : la trame brune. Les sols du territoire, dans leur diversité – y compris dans leur degré d’anthropisation – constituent la trame brune, qui génère les écosystèmes terrestres de la trame verte et qui impacte notoirement les écosystèmes aquatiques de la trame bleue, jusqu’aux écosystèmes marins.

La seconde proposition est de qualifier la fonctionnalité liée à la désartificialisation des sols -essentielle pour tendre vers le Zéro Artificialisation Nette – autour du génie pédologique et du génie écologique, notamment sur les friches urbaines.

Produire et développer ensemble la Nature en Ville plébiscitée par nos concitoyens en partant du sol : un objectif à approfondir en partant du sol, notamment dans le groupe de travail Sol de l’UPGE, dont l’objectif est la meilleure intégration du sol dans les études écologiques, mais aussi dans le nouveau groupe de travail Biodiversité urbaine.

Xavier Marié
Directeur gérant de Sol Paysage
Co-président du groupe de travail Sol de l’UPGE